« Qu’est-ce que tu sais d’une fille comme moi ? »

(2 personnages: une mère et sa fille, ou bien une fille et sa mère)

Extrait 1 : Tableau 1

Mère: Oui ?

Fille: Maman ?

Mère: Allo ?

Fille: Tu m’entends !

Mère: Dites quelque chose ou je raccroche !

Fille: C’est moi, Val !

Mère: Comment ?

Fille: Enfin, Valérie !

Mère: Ma chérie, c’est toi !

Fille: Tu m’entends ?

Mère: A peine. Tu m’appelles d’où ?

Fille: Montréal, maman. Tu veux bien baisser la musique !

Mère: Montréal, au Canada !

Fille: C’est ça, au Québec, oui.

Mère: (a coupé la musique) Dis donc ! Mais qu’est-ce que tu fais là-bas ?

Fille: Je vis à Montréal depuis dix ans.

Mère: Dix ans ! Et c’est maintenant que tu m’appelles ?

Fille: Maman, je t’appelle toutes les semaines de Montréal.

Mère: Toutes les semaines…

Fille: Tu veux une preuve ? La semaine dernière, tu avais revu Solange.

Mère: Solange, celle-là, tu fais bien d’en parler. Figure-toi que cette chipie est encore venue hier soir sous un prétexte quelconque, simplement vérifier si j’étais toujours vivante.

Fille: Je sais, maman, je sais.

Mère: Comment ça, tu sais ? Elle t’a appelée ?

Fille: Maman !

Mère: Tu as raison. Parle-moi de toi : est-ce que tu as un petit ami ?

Fille: Je suis mariée, maman.

Mère: Qu’est-ce que tu dis !

Fille: J’ai un mari.

Mère: Un mari ! Depuis quand ?

Fille: (pour elle-même) C’est reparti.

Mère: Qui est reparti ?

Fille: Ça fait trois ans.

Mère: Qu’est-ce qui fait trois ans ?

Fille: Ça fait trois ans que je suis mariée.

Mère: Mais c’est terrible ça. Pourquoi je suis toujours la dernière informée ? Et il s’appelle ?

Fille: Michel.

Mère: Michel ! Tu vas rire, il y a un Michel justement qui a appelé ce matin.

 

Extrait 2 : Tableau 3

Mère: Ma petite fille, qu’est-ce qu’il t’arrive ?

Fille: C’est rien, rien du tout. Des fois j’ai un peu les bibittes, c’est tout.

Mère: Les bibittes ?

Fille: Le bourdon, si tu préfères.

Mère: Pas plutôt le cafard ?

Fille: Tu n’es pas drôle.

Mère: Tu es jeune, tu es belle, tu as la vie devant toi !

Fille: Tu parles d’une vie.

Mère: Tu n’as pas le droit d’avoir tes bibittes. Et si tu as des ennuis, tu dois me le dire. Tu peux rentrer à la maison quand tu veux, tu le sais. Ta chambre est toujours là. J’ai même gardé tes draps préférés, tu sais, ceux avec les motifs jaune et mauve.

Fille: Ne me dis pas… tu as toujours les draps avec les motifs jaune et mauve ?

Mère: Bien sûr ! Et si tu me le demandes, et même sans ça, je peux faire ton lit avec dans la minute qui suit. (un temps) Val ?

Fille: Je suis là.

Mère: Tu ne me dis pas tout.

Fille: Non, c’est vrai.

Mère: Qu’est-ce qui se passe ?

Fille: Ce serait trop long.

Mère: Et si tu me faisais un résumé ?

Fille: (un temps) Je crois que je vais rentrer, maman.

Mère: Tu vas rentrer, tu veux dire… ?

Fille: Oui, je vais rentrer à la maison. Je vais rentrer, mais s’il te plaît, attends-moi pour faire le lit.

 

Extrait 3 : Tableau 5

Mère: Tu peux me dire ce que c’est, ce truc ?

Fille: Un crucifix, et alors ?

Mère: Qu’est-ce que ça fait dans mon armoire ?

Fille: Tu as toujours eu ce crucifix dans ton armoire.

Mère: Tu en es sûre ? Ma foi. Un crucifix, tu dis. A quoi ça peut bien servir ? (un temps) Je te fais marcher ! Regarde, c’est ça que je voulais te montrer. (lui présente une flûte traversière)

Fille: Calisse !

Mère: Tu es contente ?

Fille: C’est incroyable. Si tu savais le nombre de fois… Qu’est-ce que tu fais ?

Mère: (minaude) Ah ah ah !

Fille: Tu me la donnes ?

Mère: Mais non.

Fille: Tu ne vas quand même pas me demander d’en jouer ?

Mère: Mais si.

Fille: Pas question. Enfin ! Tu vas bientôt cesser de me barouetter !

Mère: Si tu veux qu’on se comprenne, un jour il faudra m’apprendre ton langage, ma chérie.

Fille: Donne-la-moi ; ça, tu comprends ?

Mère: D’accord, si tu joues ton morceau.

Fille: Alors là tu rêves.

Mère: Ça fait si longtemps.

Fille: Pas besoin de réveiller l’eau qui dort.

Mère: Mais au contraire justement ! Parce que l’eau, ça ne doit jamais dormir ! Val, ma chérie, pour me faire plaisir.

Fille:  Te faire plaisir, tu dis toujours ça. Et à moi, tu y penses ? L’eau ne doit pas dormir. Fi ! Si tu savais les efforts, pour contenir les vagues, tu me remercierais. Des torrents je pourrais lâcher. Parce que ton petit plaisir à toi, il m’en aura fait couler des larmes. Et pas des larmes de joie ! (un temps) Te faire plaisir. J’ai été à la fac pour te faire plaisir. Tu crois que je ne sais pas pourquoi tu m’as inscrite à la fac ? « Peut-être qu’elle rencontrera un bel avocat qui lui assurera son avenir… » Tu as peut-être oublié ça, mais je t’ai entendue le dire à papa ! (un temps) J’étais donc si débile à tes yeux ?

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