« Petit séjour au Texas »

« Petit séjour au Texas » (Ce que vivent les loups)

(pièce pour 4 hommes et 1 femme)

Extrait 1 : Acte I scène 1

X : Tu possèdes une arme ?

David : Non.

: La moitié du pays est armée. Tu crains pas pour ta vie ?

David : Si j’avais une arme, je serais déjà un homme mort.

: Baisse les yeux.

Commissaire : Tu as envie de sortir de ce bureau ?

: Tu nous dis la vérité et tu sors d’ici.

Y : Tu seras jugé. Equitablement.

X : Regarde ton pote O.J. : s’en est bien tiré.

David : Si c’était mon pote, y aurait deux avocats dans ce bureau.

Commissaire : Parle-nous de cette arme.

David : J’ai pas d’arme à feu.

: Qui t’a parlé d’arme à feu ?

Commissaire : Est-ce que Mary Carter possédait une arme ?

David : Des centaines.

: Pas le mariole.

X : Tu la connaissais bien. Elle possédait une arme ?

David : Sais pas.

Commissaire : Elle t’a jamais montré son calibre 32 ?

David : Jamais.

X : Elle a pu t’en parler au moins.

David : Jamais.

: Alors elle se sentait pas particulièrement menacée ?

David : Crois pas.

Y : (à X) Si elle lui a pas montré son calibre, ils étaient pas si intimes.

X : Y a d’autres choses qu’on se montre dans l’intimité.

Extrait 2 : Acte I Scène 3

X : On n’aura pas besoin de tout ça. Ni des cinq cents dollars.

Y : T’as raison. Dernièrement j’ai lu qu’un tiers des condamnations reposent sur la foi d’un seul témoignage.

X : Celui de Jack suffira.

David : Qui pourrait croire ce type ?

Y : Qui te croira, toi ?

X : Les jurés ?

Y : Ils le croiront peut-être pas, mais ils verront bien que t’es de la même espèce.

X : Une espèce qu’il vaut mieux tenir en cage.

Y : Ils te condamneront pas pour ce que tu as fait.

: Mais pour ce que t’es capable de faire.

Extrait 3 : Acte II scène 2

Emilie: (lit une lettre) Dans la vie, tout homme a une ambition, aussi modeste soit-elle. S’il se lève le matin, ce n’est pas pour aller travailler, on ne s’expose pas pour si peu. Il se lève pour réaliser son ambition. Il se réveille et il s’habille d’une ambition pour marcher dans la vie.

Dans le couloir, on a laissé toute ambition au vestiaire. Ici plus que le manque de liberté, c’est le manque d’ambition qui nous anéantit. Chacun se dit : « A quoi bon ? Je vais mourir. » Alors on reste au lit toute la journée en attendant la nuit qui, elle, est toujours là à nous attendre. Quelle importance, le jour ou la nuit ? Dans le couloir, la nuit est éternelle.

Ai-je été condamné à souffrir ? C’est comme une dent cassée qui fait entendre sa douleur dans la profondeur de la nuit. On n’entend plus qu’elle ! On ne dort pas. On ne dort plus, on hiberne. Cette cellule est le refuge d’une marmotte qui ne verra plus jamais la lumière de l’été, qui s’est endormie en sachant qu’elle ne se réveillera pas.

Mon hiver s’éternise depuis cinq ans déjà. Je suis hanté par la seule phrase construite que m’ait jamais adressée mon avocat. « Je ne peux pas grand chose pour vous. Vous serez mort dans l’année qui vient. » La seule chose que sache vraiment dire un avocat commis d’office, c’est : « Tais-toi ! » Alors la plupart renoncent.

Ils écrivent aux autorités pour demander de précipiter l’exécution. N’ayant aucun moyen de se défendre, ils la réclament parce que c’est le seul remède à la souffrance. Après avoir pénétré ici, chacun se sent indigne de vivre. Ici, vivre est déjà une punition.

David : Pourquoi je raconte tout ça ?

Extrait 4 : Acte III scène 1

X : Attends, ça te viendrait à l’idée de flinguer ta propre femme ?

Y : Certains jours.

X : Oui, comme tout le monde, mais tu le ferais pas.

Y : En tout cas, je l’ai pas fait. Tu sais pourquoi ?

X : Pour son café ?

Y : Elle couche pas avec un autre type. Mais si un jour je la surprends, je fais comme monsieur Harmon.

X : Tu le ferais ?

Y : Si elle me fait ce coup-là, tu peux être sûr je les bute tous les deux.

X : (pause) T’as des soupçons ?

Y : Y a aucun risque. Je la fais surveiller.

X : Tu la quoi ! Mais par qui ?

Y : Tu connais pas. Un type du quartier.

X : Y a un type dans ton quartier qui surveille ta femme !

Y : Pas en permanence. Les week-end où je suis de service.

X : Et quand t’es de nuit ?

Y : La nuit faut qu’il dorme. De toute façon, en rentrant je vois bien qu’elle a dormi seule. Mon côté du lit n’est pas défait.

X : (pause) Hé ! Si c’est ton voisin, celui qui la surveille, qui se tape ta femme, comment tu le sauras ?

Y : Je te dis que mon côté n’est pas défait.

X : C’est sûr. En tout cas, méfie-toi des balances.

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2 réponses à “« Petit séjour au Texas »

  1. Pingback: Allez voir “Petit séjour au Texas” | blog du studio gühmes

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