« L’odyssée d’Hélas »

(pièce à 4 personnages, 2 f et 2h)

Extrait 1 : Acte I scène 1

Zeus : Qu’est-ce que tu lui disais ? Je te parle.

Athéna : Moi ?

Zeus : Toi. Tu disais bien quelque chose ?

Athéna : Je disais que les passions sont des portes fermées de l’intérieur.

Zeus : Mais qu’est-ce qu’elle raconte. Voilà. On ne comprend jamais rien à ce qu’elle raconte.

Héra : Laisse-la tranquille, elle peint. Elle n’embête personne.

Zeus : Vous pourriez me faire participer.

Héra : Participe : Tu viens m’aider ?

Zeus : Chaque fois que je demande ce qui se dit, voilà ! y a plus personne.

Héra : Mais non, regarde, je parle avec toi.

Zeus : Je vois bien que tu te forces. Vous le faites exprès de toute façon. On m’envoie là-haut pour se débarrasser et après voilà. (à Athéna) Ne fais pas semblant de ne pas entendre. Je sais que tu lui montes le bourrichon.

Héra : Qu’est-ce que tu vas chercher ? On n’est pas bien là ?

Zeus : Parle pour toi. Moi, j’ai besoin d’action.

Héra : Ah, attention : action… réaction.

Zeus : Réaction ?

Héra : Oui monsieur. Réaction.

Zeus : Et voilà. On veut me museler, me tenir la bride, me garder en cage, réfréner mes ardeurs.

 

Extrait 2 : Acte II scène 2

Héra : Allons, on ne peut pas refaire l’histoire.

Zeus : Non ? Tu vas voir ça. (appelle au large) Poséidon ! Poséidon ! (un temps) Tu vas répondre ?

Héra : Ne te fatigue pas, il est en congé.

Zeus : Poséidon ?

Héra : Il est parti en vacances en famille.

Zeus : Mais c’est moi sa famille.

Héra : Je sais je sais, allons, détends-toi.

Zeus : Me détendre ? Tout le monde m’insulte et me laisse tomber. Et je dois me détendre ? (temps court) Je suis l’aîné quand même.

Héra : Je sais, je sais.

Zeus : Et cette garce de Pandore.

Héra : C’est bien, soulage-toi. Tu as tellement souffert.

Zeus : Je les ai choyés, dorlotés. J’en ai trop fait pour eux. Et tu as vu Prométhée.

Héra : Oh, celui-là.

Zeus : Sans moi, ils vivraient encore dans des cavernes.

Héra : Ils t’ont vu jouer avec le feu.

Zeus : Et avec quoi tu voulais que je joue ?

 

Extrait 3 : Acte II scène 2

Zeus : Tu as déjà hissé une voile ?

Hélas : Jamais mis le pied sur un bateau.

Zeus : Les voyages forment la jeunesse. Au passage ils la font un peu vieillir aussi, mais bon, là n’est pas la question. Tu vois ça ? Il s’agit d’une drisse. Répète après moi : drisse.

Hélas : Drisse.

Zeus : Drisse, c’est bien. Si tu tires assez fort sur la drisse que voici, tu hisseras la voile que voilà. Je ne sais pas si je me fais bien comprendre.

Hélas : Je comprends qu’il faut tirer dessus mais pourquoi hisser la voile ?

Zeus : Pourquoi !

Hélas : Oui, pourquoi ?

Zeus : Tu as là une drisse, tu as ici une voile, qu’est-ce que je peux dire de plus ? Je vais t’apprendre à voyager, mon petit. Quand on a la chance d’avoir une voile et puis aussi une drisse, on ne se pose pas de questions, Hélas, on se met au travail. Tiens. (tend la drisse à Hélas qui s’emploie avec maladresse) C’est beau un travailleur.

Hélas : Vous trouvez ?

Zeus : Au moins autant qu’un poète. Allez, tire. Il y a de la poésie dans la beauté d’un travailleur. (Hélas est un peu chahuté par la voile) Tire fort. Voilà. Écarte un peu les mains. De l’amplitude. De l’amplitude et de la grâce. Il faut haler la drisse pour que se hisse la voile. C’est pas de la poésie, ça !

 

Extrait 4 : Acte II scène 6

Athéna : (à Hélas) Petit poète.

Zeus :  Laisse-le faire, tu veux ?

Héra : (à Zeus) Tu l’envoies à la mort.

Zeus : Comment tu sais ça ?

Héra : Facile de deviner un cerveau comme le tien.

Athéna : (à Hélas) Qu’est-ce que tu fais ? Alors c’est tout ce que tu as dans le ventre ? Parti pour décrocher la lune, te voilà réduit à ce stupide esclavage.

Zeus : Tu as fini ?

Athéna Tu n’atteindras jamais le ciel. Quand tu auras combattu, aussitôt il te faudra piller, parce qu’un meurtre n’est jamais gratuit. Pour te frayer un chemin jusqu’à ton cœur, tu devras supporter d’autres poids plus encombrants que ce glaive. Tu ne le sens pas ? Il suffit d’une seconde pour devenir aveugle. Une seule seconde. Et combien pour recouvrer la vue ?

Zeus : Qu’est-ce qu’elle raconte ?

Héra : Ce que tu n’entendras jamais.

Athéna : Ton fardeau le plus lourd ? L’orgueil qui rend semblable aux dieux. Dans les plis obscurcis de la conscience, ton illusion est de couleur rouge sang. Et si tu persévères dans cette voie, autant commencer par moi.

Zeus : A quoi elle joue ?

Héra : A le tirer de cette impasse.

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