« La main du bonheur »

Un couple : Liza et Louis

Extrait 1

Liza: Non, pas du tout, c’est à cause de la bourse. Oui, à cause de la bourse. On en avait besoin pour mon frère. Oui, on avait besoin de cet argent pour David. Moi, je ne voulais pas être “ miss ”. Qu’est-ce que tu crois ! Je ne voulais pas.

J’ai eu mon bac moi aussi.

Je voulais, oui à l’époque je voulais aller à l’université.

Moi je savais que j’étais autre chose que belle. Belle, belle, belle !

J’ai eu mon bac. Et alors ! C’est comme ça ! Je n’allais pas faire semblant, faire semblant d’être idiote, non ? Pour faire plaisir.

Faire plaisir.

Regarde. (se lève) La démarche. Soigner ma démarche.

« Le sourire ! Soignez votre sourire, mademoiselle ! »

Tu ne sais pas ce que c’est. Tu ne souris jamais. Ce que c’est d’être obligée de sourire tout le temps. Et à propos de n’importe quoi.

« Mademoiselle, redressez-vos épaules. Voilà, plus aérienne. Voilà ! C’est à ses épaules qu’on reconnaît une vraie “ miss ”. »

C’est à ce genre de phrases qu’on reconnaît un vrai con. Penser à autre chose. Penser à. A quoi ? Penser à du chocolat, oui, c’est ça, je pense que je suis en train de manger du chocolat.

On te l’a jamais dit ça, que tu es un vrai con !

Troisième. J’ai terminé troisième à l’élection de “ miss France ” ! (un temps puis) Pas tomber, pas tomber, pas tomber.

 

Extrait 2

Louis: Bien. Je vais l’appeler.

Liza: Pourquoi ?

Louis: Je vais demander à le voir. Qu’il me donne des explications. Et qu’il passe te voir. Quand même, une consultation !

Liza: Une consultation.

Louis: C’est le moins qu’il puisse.

Liza: Mais tu n’écoutes pas ? Je ne veux pas d’explications, je veux rentrer.

Louis: D’accord, je vais voir ce qu’on peut faire.

Liza: Rien ! Comme d’habitude ! Une consultation !

Louis: S’il a passé le relais à son confrère, il y a une raison. Il faut lui demander.

Liza: (froidement) Tu veux me voir devenir folle ?

Louis: Comment tu peux dire ça ? Je veux que tu te rétablisses. Tu as fait une rechute, Liza, c’est très sérieux.

Liza: Je peux suivre ce traitement à la maison de la même façon.

Louis: Liza, nous en avons déjà parlé. Tu étais d’accord. Tu as besoin d’un vrai suivi. Non, non, commence par te détendre.

Liza: (ironique) Eviter les contrariétés.

Louis: Sois raisonnable et nous en reparlerons.

Liza: Reparler de quoi ?

Louis: Chut.

 

Extrait 3

Liza: Tu vois cet arbre ?

Louis: Lequel ?

Liza: Depuis quelques jours chaque matin il y a un pinson qui chante.

Louis: Ah ?

Liza: Toutes les trente secondes, il recommence. Tu ne sais pas quoi ? Il appelle sa compagne : « Je suis là, ça y est, viens me voir. Viens, c’est ici que nous passerons l’été. Viens vite, je t’attends. »

Louis: Oui. Et elle ?

Liza: Elle ne s’est toujours pas décidée, pas décidée parce que pour elle le printemps n’est pas encore fini. (légère) Heureusement, lui continue, et ça me fait une compagnie. (s’éloigne) Une compagnie.

Louis: (un temps à regarder dehors) Pasquier m’a remis les plans.

Liza: Les plans ?

Louis: La maison. (un temps) Tu veux les voir ?

Liza: Oui, montre-moi.

Louis: Bien sûr c’est provisoire.

Liza: Bien sûr.

Louis: Une proposition. Mais tu vas voir, il a tenu compte de tes suggestions.

Liza: Bien sûr.

Louis: (ne trouve pas) Tiens. La boîte à gants.

Liza: Encore une parole pour rien.

Louis: Je tiens toujours ma parole.

Liza: C’est avant de la donner qu’il faut savoir tenir sa parole.

Louis: Je vais les chercher.

Louis: Tu sais, nous ne pourrons pas garder la cheminée.

Liza: Non ?

Louis: Pas si nous rajoutons un étage.

Liza: Alors tant pis, on se passera de cheminée.

Louis: C’est ce que je me suis dit.

Liza: Ah. Tu ne t’es pas dit : « passons-nous d’un étage » ?

Louis: Attends de voir les plans. J’en ai pour cinq minutes. (sort)

Liza: Oui, va. Va. Je t’attends. (un temps puis dans un soupir) Je t’attends.

Elle va à la fenêtre et regarde un moment puis sifflote en direction du pinson.

Liza: Je ne te l’ai pas dit ? Je déteste cette maison.

 

Extrait 4

Louis: Liza, je sais où elle vit. Ecoute, je connais son adresse. Je sais où elle travaille. (un temps) Je suis allé la voir.

Elle va chercher un paquet de cigarettes sous l’oreiller et en allume une.

Louis: Je ne lui ai pas parlé. Je voulais simplement voir comment elle allait. Et elle a l’air d’aller bien. Aussi bien que possible. On dirait. Je crois bien qu’elle ne se drogue plus. Tu entends ?

Tu vas me dire « ce n’est peut-être pas elle ». Elle s’est coupé les cheveux. Et elle a encore maigri. Mais c’est elle.

Je ne suis pas resté longtemps. Pour éviter qu’elle me repère. Et qu’en réalisant que je l’avais retrouvée, elle n’aille se cacher encore plus loin.

Tu sais, je voudrais lui proposer de rentrer à la maison. Je ne sais pas encore comment je vais m’y prendre mais il le faut. Je dois le faire. Nous avons besoin qu’elle revienne.

Liza a écrasé sa cigarette dans la main, inexpressive, puis se tourne vers lui.

Liza: J’ai regardé les plans. Il faudra faire enlever les deux tilleuls. Et l’olivier aussi. Je veux de la lumière. De la lumière enfin ! Tu demanderas à ce, tu sais, le jardinier, tu lui demanderas de s’en occuper. Tu lui demanderas ?

Louis: Je te parle de notre…

Liza: Oh toi, tu es tellement heureux de posséder des arbres, d’en avoir la jouissance, d’en avoir la tutelle. Tu as toujours voulu, toujours voulu avoir la tutelle sur tout. Je ne veux plus d’ombre dans le patio. Je veux voir la lumière. Tu n’es pas contre ? Si tu n’es pas contre, tu verras ça avec lui.

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