« Les dix façons d’en finir »

Pièce en 1 prélude, 10 situations et autant d’intermèdes, sans parler de l’épilogue, à monter avec 2, 3, 4 ou 5 ou peut-être 12 ou même 18 et pourquoi pas 20 comédiens… à toi de voir.

Résumé : Il est temps d’en finir avec les grands problèmes qui minent la planète ainsi que (plus grave encore) cette chère humanité elle-même. Loin des demi-mesures, nos personnages ont imaginé des solutions radicales pour en finir avec… un peu tout finalement.

Extrait 1 : en finir avec le problème de la mort

Adolf : Des frontières entre nous ? Le mal que je me suis donné pour avoir l’heur de te plaire. Ainsi tu n’avais pas lu mein kampf ? Nous avions rendez-vous au Kremlin pour sceller notre union. Mais lorsque j’approchai, en lieu et place d’une charmante livrée garnie de roses rouges, m’attendaient une flopée de chars de ton armée de la même couleur.

Joseph : Une union officielle ne se fait pas sans témoins.

Adolf : Mais je me laisse entraîner sur un chemin jonché d’épines et je ne suis pas d’humeur à supporter les piques. Tu avais admis qu’un couple –même un couple d’aigles– ne peut avoir deux têtes. Tu m’avais promis d’abdiquer, d’abandonner toutes tes fonctions au sein du parti et tes responsabilités de chef de l’État.

Joseph : Je l’aurais fait. Par la force des choses mais je l’aurais fait.

Adolf : As-tu renoncé à ton véhicule de fonction ?

Joseph : Ça jamais.

Adolf : Et pourquoi donc, monsieur l’impudent ?

Joseph : Je te rappelle que nous parlons d’une Porsche T64.

Adolf : Et ta petite voiturette est plus importante que moi ?

Joseph : Je pouvais te pardonner l’Autriche, même si je ne comprends pas la vulgarité d’aller se pavaner à Vienne devant une foule d’admirateurs béats. Mais la Bohême. Avoue que tu as lancé l’offensive dans le but de me nuire. Lorsque tu as eu vent de mes projets d’inscription au départ de la course. Ma Porsche aurait pu rallier Rome à Berlin en moins de 24 heures.

Adolf : Foutaises. Tu voulais un prétexte pour retrouver qui tu sais.

Joseph : Benito serait-il chasse gardée ?

Adolf : (dissimule un pistolet) Il fréquente les bordels et tu lui permets ça.

Joseph : (dissimule un pistolet) Il ne demande pas la permission.

Adolf : Ce porc a sans cesse le canon chargé.

Joseph : Tant que ça me soulage qu’il le décharge ailleurs.

Adolf : Et si je déchargeais le mien dans ta triste bobine ?

Joseph : Rien ne me ferait plus plaisir.

Ils se figent un moment et se toisent. Puis fondent et se lancent dans les bras l’un de l’autre.

Adolf : Ô mon colosse géorgien. Cet échange m’a échauffé la moustache et le reste.

Extrait 2 : en finir avec le problème du cancer (intermède)

Deux : Le cancer, c’est mission impossible. Vouloir en finir avec le cancer, c’est un peu, si tu veux, comme vouloir en finir avec la connerie.

Un : Ah ouais, quand même.

Deux : Un peu, si tu veux, c’est un peu comme un squatteur qui dort chez toi sans que tu le saches, si tu veux, et qui se réveille un jour et ce jour-là tu t’aperçois qu’il est là, ce con, et que c’est toi le con parce que tu t’étais même pas aperçu qu’il était là, et maintenant que tu le sais il va falloir faire avec, c’est à dire essayer de le foutre dehors mais comme il est là depuis longtemps ça ne se fera pas sans casse. Si tu veux.

Un : Je ne comprends pas ce qui te dérange.

Deux : Le cancer a toujours existé, voilà

Un : La connerie aussi, elle existera toujours, ça empêche de lutter contre ? C’est difficile, c’est vrai, c’est énorme, mais si on ne peut pas s’attaquer à l’ensemble, il faut opérer par étapes.

Deux : Un tour de France de la connerie ?

Un : Exemple : le tourisme.

Deux : On va faire du tourisme ?

Un : C’est un exemple.

Deux : Génial. Tu m’emmènes au carnaval ? (un temps court) Allez, dessine-moi un carnaval.

Un : Tu le disais toi-même : le cancer c’est quelque chose qui vit sur la bête. Comme les péages d’autoroute, la mafia, ou madame Longuet.

(« Deux » n’a pas bien compris) Ta proprio.

Deux : Bon, tu m’embrouilles.

Un : Bon, simplifions. Pour en finir avec le problème du cancer, il suffit ?

Deux : De supprimer la Sécu ? La médecine ? La vie ? Langue au chat.

Un : Faudrait voir à rester un peu dans les limites du réalisme. (se regardent un moment, puis un regard d’intelligence) Pour en finir avec le problème du cancer ?

Deux : Il suffit de supprimer la réalité.

Extrait 3 : en finir avec le problème du tabac

Fille : Attends !

(Elle s’approche, la main tendue vers le visage voilé du Garçon) Si tu savais comme je regrette, comme je m’en veux, ne pas pouvoir profiter davantage de cette… de ce… Je suis finalement si faible.

(Elle lui caresse le visage) Tu es ce qui est arrivé de mieux dans ma vie. Tu es tout ce que j’ai toujours désiré. Avec toi je me sens en confiance, en liberté, oui, c’est ça tu me rends libre, je suis comme, comme en apesanteur. (un temps à se pâmer) Mais qu’est-ce que je raconte ? Couvre-toi, s’il te plaît. (un temps court) Attends !

Ne m’en veux pas, je suis obligée, dans un couple il y en a toujours un qui domine, mais ce n’est pas contre toi, tout ce que je fais je le fais pour toi, tu ne me crois pas ? Approche. La perfection. Un rêve. Un ange. Enlève ce tissu.

Garçon : Il fait un peu frais, non ?

Fille : Chochotte.

Garçon : Et puis tes copines vont arriver.

Fille : Des copines ? Je t’ai toi. (un temps court) Et si ? Oui, tu veux bien faire quelque chose pour moi ? Tu veux bien passer l’aspirateur ? Je sais. Mais juste pour moi.

Le garçon s’exécute, à contre cœur il va chercher l’aspirateur qu’il passe ou fait mine de passer.

Fille : Quand je pense à tous ces gens qui ne sont heureux qu’en se pourrissant la vie les uns les autres. C’est tellement simple. Avec une goutte de romantisme. Que tu fasses des choses pour moi et que j’en fasse autant pour toi. Dans un esprit d’échange et de fraternité. Comme dans une ruche où tout le monde est au service des autres. On me prétend simplette mais ce n’est pas vrai, je vais à l’essentiel, car c’est le cœur qui compte. Bien sûr l’intelligence, je n’ai rien contre, mais une sotte sans cœur est plus malheureuse qu’une autre avec de l’intelligence mais sans cœur. A moins que ce ne soit l’inverse. Moi je suis la sotte avec du cœur et toi tu es un sot intelligent, voilà pourquoi nous sommes tous deux malheureux et souffrirons toujours d’un manque de quelque chose mais quoi ? Oui quoi, je me le demande. En tout cas, je t’ai toi et toi tu m’as moi qui peux veiller sur toi et… Je t’appartiens. Approche.

Il vient vers elle. Elle se love contre lui et sent quelque chose. Elle a un geste, il se dégage.

Fille : Tu as quelque chose pour moi ? J’ai senti, là, quelque chose de dur, quelque chose de long. Aurais-tu des secrets pour moi ?

Extrait 4 : en finir avec le problème de la culture

Ivan : Certes, mon prince, subtiliser des subventions ferait de moi un voleur, mais si l’on considère qu’elles étaient déjà en ma possession, on peut convenir que je n’avais nul besoin de les voler pour les obtenir.

Vladimir : Cela semble assez juste. Tout de même, sept cent millions, envolés.

Ivan : Disparus.

Vladimir : Cela risque de déplaire.

Ivan : Certes. Et aussi de faire jaser.

Vladimir : Et rappelez-moi, Ivan : ils étaient destinés ?

Ivan : A la culture, prince Vladimir. Le spectacle vivant pour être plus précis.

Vladimir : Le spectacle vivant. Et le patrimoine ?

Ivan : Rien que le spectacle vivant.

Vladimir : Une somme considérable.

Ivan : On peut le dire.

Vladimir : Une somme rondelette.

Ivan : Considérable et rondelette.

Vladimir : Le spectacle vivant, dites-vous. Mais, de vous à moi, cher Ivan Stepanovitch, ont-ils besoin d’autant ?

Ivan : Ils ont apparemment des besoins.

Vladimir : Je pense à une chose, vous m’excuserez, je réfléchis tout haut. Mais si jamais nous ne retrouvons pas l’enveloppe. Ce n’est qu’une hypothèse puisque l’enquête n’est pas terminée. Votre liste contient combien de noms ?

 

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