Archives de Catégorie: mots doux

« American sniper ». Vous avez dit : « propagande »?

Actuellement à l’ordre du jour : l’éducation de la jeunesse. Dans un premier temps à l’égard de jeunes désœuvrés volontairement violents sur une échelle graduée allant de l’insulte bas de gamme jusqu’à l’usage de la kalachnikov. Thème réactualisé aujourd’hui suite à je ne sais quelle remarque ou admonestation de je ne sais quelle cour ou commission visant à rappeler que l’interdiction de la fessée parentale n’est toujours pas inscrite dans la loi française. Fichtre ! Ceci n’étant pas un billet humoristique, j’éviterai de me prononcer. Le problème c’est que ces questions viennent ricocher jusqu’ici pour me tirer de ma torpeur. Éducateur de profession moi-même, depuis un premier poste en foyer socio-éducatif en janvier 1982, parfois on me demande : ce doit être pénible, comment tu as pu travailler avec des enfants tout ce temps ? Je n’ai pas de réponse parce que je ne saisis pas la question. Pour me sortir d’embarras, il m’arrive de rétorquer que je ne sais rien faire d’autre, ou que c’est bien moins pénible qu’un travail à l’usine. Pire, lorsqu’on vient me demander conseil, « toi qui as l’habitude » ! L’habitude de quoi, de flanquer la fessée ou de subir des insultes ? Je n’ai aucun conseil à livrer en kit parce que la vérité m’oblige à reconnaître que les enfants m’ont donné tout ce qui m’est arrivé de bon dans la vie. En matière d’éducation, on ne sait pas, on ne sait rien. On s’efforce de savoir, déjà de comprendre, afin d’agir au mieux. Et pour agir au mieux, il faut avoir réalisé qu’on ne sera jamais certain mais toujours remis en question. Pour savoir il faudrait qu’il existe une « technique », mais cela n’est heureusement pas le cas. La première chose que m’ont enseignée les enfants, c’est la patience. Et juste après, l’humilité. Humilité indispensable pour inverser les valeurs : ce n’est pas l’éducateur qui maîtrise la partition, c’est l’enfant qui conduit. Si l’éducateur est capable de supporter, d’accepter, et même de revendiquer cette contrainte, il pourra durer dans le métier, deviendra suffisamment léger pour ne pas entraver le cahotant voyage d’une relation éducative. La réalité est toute simple : pour aider un enfant, on ne peut aller contre, et on a bien besoin de lui. Il faut agir le moins possible et laisser l’enfant avancer de lui-même. Trouver l’équilibre entre fermeté et souplesse. La première rassure et la seconde libère. Cet équilibre ne s’apprend dans aucun manuel et, c’est vrai, n’est pas non plus à la portée du premier venu. Il n’était pas forcément à l’ordre du jour lorsque j’avais vingt ans mais il est devenu l’objectif depuis que je suis « devenu » éducateur. Certains y verront du respect, je préfère l’appeler le tact. Il s’agirait de plantes, on dirait « avoir la main verte ». A propos d’éducation, on peut aller voir « American sniper », dans lequel certains (aveugles sans doute) ont vu un film de propagande pro-américaine. Tout ce que j’y ai vu moi-même c’est la trajectoire d’un texan un peu simplet et dangereux (pléonasme ?), ou comment foutre sa vie personnelle en l’air pour s’être nourri de propagande prétendument éducative. Clint Eastwood est magistral comme souvent.

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Charlie pour l’éternité

Charlie c’était, et j’espère que ça restera un repère de combattants contre la connerie. Ses armes : l’humour, l’honnêteté et l’intelligence. Au début des années 70, c’est en lisant « les aventures de Dieu » de Cavanna que m’a titillé une envie d’écrire qui ne m’a plus laché. Charlie, c’est mes 15 ans, à découvrir le petit lait de l’insolence, et ensuite des années à téter la mamelle pour devenir un citoyen, ou tâcher de rester un homme libre. Charlie, au départ c’était une idée, un refuge et un rempart, c’est devenu une institution, un mythe et un état d’esprit. Aujourd’hui tous ceux qui ont essayé un jour ou l’autre de faire taire les irrévérencieux Charb, Cabu, Wolinski, Honoré, Oncle Bernard, Tignous, Riss, Luz, Cavanna, Gébé, Reiser, Siné, ainsi que leurs nombreux rejetons, réalisent tout à coup les vertus de la liberté d’expression. Pourquoi pas. Mais les assassinats de la rue Lenoir sont pour moi un crime contre l’intelligence. Aujourd’hui je sais mieux que jamais combien le souffle de Charlie poursuivra son allure portante. Son état d’esprit est éternel. Hier soir j’ai relu « les aventures de Dieu » de Cavanna et demain j’achèterai « la vie de Mahomet » de Charb. Et merde aux cons.

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clin d’oeil à un couple d’amis

Ce petit texte comme un clin d’œil à ce joli couple que forment Lionel Parrini et sa compagne de vie, Magali Sivan, dont nous fêtons l’anniversaire ce week end… (je précise, parce qu’il a fallu faire vite, que la trame du dialogue est inspirée d’une nouvelle du grand Antonio Lobo Antunes)

« Quand nous avons dû réfléchir à un cadeau pour Magali, nous nous sommes aperçu combien c’était difficile de ne pas se tromper. Comme dit la chanson ou alors c’est un proverbe : « on n’a pas tous les jours vingt ans » certes mais comme lui répond l’autre : « quand on aime on a toujours vingt ans ». Si même les proverbes se contredisent.

Nous avons résolu de poser quelques micros dans son appartement. Afin de peut-être glaner une information qui serait utilisable et nous indiquerait comment satisfaire au mieux les goûts et peut-être aussi les manques de notre chère Magali.

Nous n’allons pas vous livrer le contenu intégral de ces quinze jours d’écoute intensive, bien peu de choses à vrai dire sont réellement exploitables, sauf peut-être pour Lionel, s’il désire en savoir plus sur la vie privée de son épouse préférée. D’ailleurs nous tenons à sa disposition les CD d’enregistrement, que nous lui remettrons volontiers contre une enveloppe à la grosseur proportionnelle à l’intérêt qu’il voudra bien y porter. A moins bien sûr que Magali ne nous fasse une meilleure offre. D’ailleurs à la réflexion nous avons décidé de mettre ces enregistrements aux enchères qui se tiendront, notez bien, samedi prochain, salle des ventes de Gardanne, mise à prix 2000€.

Dans le but désintéressé d’affoler les enchères, voici un petit aperçu des enregistrements.

Magali : S’il te plaît, Lionel, ne me laisse pas comme ça, tu n’as pas appelé de la journée.

Lionel : Et pour dire quoi, petite ?

Magali : Mais je suis restée ici à t’attendre comme une idiote, j’ai fumé toutes les Camel et j’ai la tête un peu engourdie.

Lionel : Tu en veux une, con ?

Magali : C’est pas ça, j’ai pensé me distraire en buvant un whisky, et du coup la bouteille est vide, alors j’ai voulu passer le temps à me vernir les ongles, mais j’en ai mis partout, regarde la moquette et puis le fauteuil, tu n’es pas allé travailler aujourd’hui la secrétaire a appelé, tout cela m’inquiète alors j’ai téléphoné à Gilbert et tu n’étais pas au bistrot, j’ai beau me creuser la cervelle, je ne comprends vraiment pas.

Lionel : Fillette, ménage un peu ta cervelle, qu’est-ce qu’il y a à comprendre ?

Magali : Hier encore tu m’as félicitée pour ma daube aux raviolis.

Lionel : Ah ouais, putain, ta daube aux raviolis.

Magali : Hier encore sur le canapé, tu m’as servi un verre, tu tirais sur mes collants…

Lionel : Ah c’est vrai, ma petite fée, viens voir par ici.

Magali : Pendant que je sirotais mon verre, attention ça va laisser des taches, et que toi à genoux, les cheveux en bataille, la cravate de travers…

Lionel : Au lieu de me parler de taches, aide-moi parce que l’agrafe de ton soutien-gorge est coincée, et que si ça continue je vais devoir appeler un serrurier.

Magali : Et bien sûr elle n’était pas coincée, c’est une question de tact, Lio, tu ne connais pas, toi, le tact, c’est juste une question de calme, je te dis toujours que tu veux aller trop vite, et toi débouclant ta ceinture…

Lionel : Arrête un peu de bouger.

Magali : J’ai arrêté de bouger mais tu n’étais pas satisfait et tu t’es souvenu que tu avais gardé tes chaussures, alors toi dénouant tes lacets…

Lionel : Je suis à toi dans une petite seconde, ma coquine.

Magali : Je ne bougeais toujours pas, et toi tu me faisais mal en appuyant ton coude sur ma jambe, et tu me disais…

Lionel : Lève ton bras, mon amour, lève ton bras.

Magali : Pendant que tu t’escrimais, de la fenêtre je voyais presque tous les toits de la ville sous la montagne Sainte-Victoire, et je pensais à Cézanne pendant que tu parlais de tout là-bas très loin…

Lionel : Putain, tu vas lever ce bras.

Magali : Moi qui pensais qu’en vivant là tous les deux nous pourrions être heureux, nous pourrions acheter un chien, un tout petit chihuahua ou si tu préfères un labrador pour t’accompagner à la chasse, ce n’est pas grave les taches, acheter un chien et pouvoir être heureux, nous changerions le canapé, qu’est-ce qui se passe mon amour, tu n’es pas bien, c’est la soirée passée à ton bureau, ne bouge pas je vais t’aider, le pantalon est coincé par la chaussure, ne pleure pas, mon chéri, je vais m’occuper de toi.

Lionel : Allez, ça suffit, lâche-moi.

Magali : Ta voix avait changé, je n’étais plus ta petite fée, ta coquine.

Lionel : Lâche-moi, je te dis.

Magali : Et comme je t’adore, j’avais posé ma main sur ta cuisse.

Lionel : Tu vas me foutre la paix, oui ?

Magali : Tu t’es rhabillé en deux secondes, tu m’as regardée, tu as pointé ton doigt vers moi et tu m’as prévenue depuis la porte :

Lionel : Si tu racontes ça à ta cousine…

Magali : J’ai rajusté mes vêtements, j’ai couru derrière toi en trébuchant sur ton ordi portable qui est toujours à traîner quelque part, ne pars pas, Lionel, à mon avis tu as oublié les clés, toi tu étais déjà en bas penché vers ta voiture te demandant où tu avais pu les mettre comme si le monde entier te pesait sur les épaules, Lionel ! mais tu ne t’es pas retourné, je voulais te dire ce n’est pas grave une éjaculation précoce, je t’aime malgré tout, ce soir nous essaierons encore, je ne le raconterai à personne pas même à ma cousine, je te jure qu’au bureau personne ne va se moquer de toi, tu ne seras pas obligé d’encore démissionner de trouver un travail à l’autre bout du département, on achètera un petit chien ou même un labrador et on changera le canapé, je t’offrirai un aquarium pour meubler tes soirées, ne te tracasse pas pour les détails tu as assez de soucis, je ferai une daube aux raviolis, si jamais tu veux pour ce soir je voulais te dire aussi que je pourrais acheter un soutien-gorge à dentelle noire, un qui s’ouvre par devant, qu’est-ce que tu en dis je t’attends pour manger ?

Lionel : Une daube aux raviolis ?

Magali : Tu l’as dit une deuxième fois comme si tu passais la commande…

Lionel : Une daube aux raviolis.

Magali : Alors tu es remonté, tu es entré au salon, tu as ôté ton blouson ton pull et tes chaussures, tu as grimpé sur le canapé en chantant la Marseillaise…

Lionel : « L’étendard sanglant élevé ».

Magali : Oh mon chéri, mon amour, comme j’aime ce côté patriote que tu n’as jamais autant qu’en faisant du trampoline sur le canapé du salon, mais oui tu peux le défoncer on en achètera un autre, mais non tes chaussettes ne sentent pas du tout l’ail mais oui tes cheveux sont bien en place, mon Apollon gardannais mon trésor mon amour aussi léger qu’un poids plume même si mais oui tes biceps c’est de la fonte, par contre les poils sur la poitrine c’est vrai tu pourrais en demander un peu à Sophia ou bien même à Jiji, et à ce propos tu devrais redescendre parce que nos invités seront là dans dix minutes et que vont-ils penser s’ils te trouvent en string suspendu au rideau, déjà à Noël dernier les boules dans le sapin ça ne les avait pas tant fait rire, oui je sais c’est mon anniversaire et tu peux tout te permettre oui c’est pour mon bien mais si tu pouvais fermer la fenêtre ne fais pas ton grand fou tu risques de tomber, non Lionel il ne faut pas la lune va bientôt se lever et lorsque tu te transformes on en a pour trois jours à réparer les dégâts, et puis j’ai lu dans un livre que les loups garous ne savaient pas voler tu confonds Dracula c’était un vampire, allons mon amour pour aller dans la cuisine on peut tout aussi bien passer par la porte, oui je te vois je te vois descends tu es ridicule, Lionel si à trois tu n’as pas lâché cette gouttière j’appelle les pompiers ou même la fourrière et tu te rappelles le mois dernier déjà ils ont failli te piquer, je te préviens Lionel que si tu continues je téléphone, je téléphone, tu l’auras bien cherché je téléphone à ma mère.

Parvenus à ce moment de l’enregistrement il nous a semblé nécessaire de respecter la sphère privée, comme on dit, d’autant que nous avons dû interrompre la transcription tant le cri de l’animal nous a paru dénoter une souffrance un peu trop inhumaine pour un public aussi délicat. Pour ceux qui aimeraient connaître la suite malgré tout, rendez-vous samedi prochain, salle des ventes de Gardanne. »

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Plus que le raisonnable

« Et par mes prières j’appelle l’oubli de ces questions

Dont je débats en moi-même plus que le raisonnable

Que je m’explique plus que le raisonnable

Car je n’espère plus changer une fois encore le cours de ma vie

Que ces paroles répondent de ce qui est accompli

Et jamais ne sera de nouveau accompli

Puisse le jugement prononcé contre nous

Ne pas être sévère plus que le raisonnable »

T.S. Eliot, Mercredi des cendres

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Oser

Comme l’a dit Mandela peut-être, ou bien grand-père Marius, va savoir : « On prétend que c’est difficile et ainsi on n’ose pas, alors que c’est parce qu’on n’ose pas que c’est difficile ».

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