« Bienvenue au paradis »

(fantaisie avec nombreux personnages, pour 4 femmes et 4 hommes)

Extrait 1 : Acte I Scène 2

Maître : Tu veux apprendre à dominer tes peurs et puis le reste ? Ne te demande jamais si tu es le plus digne, seulement si tu es le plus fort. Toutes les qualités d’un homme doivent viser ce seul objectif : être le plus fort. Je te l’accorde, ta chaîne est encore un peu courte mais bientôt tu pourras en mesurer la portée. Tiens, cadeau.

Dorian : Merci mais depuis un moment chacun de vos cadeaux précède le prochain coup dans les côtes.

Maître : Tu préfèrerais qu’il le suive ? Chaque coup encaissé est une nouvelle preuve de ton dévouement.

Dorian : Si je comprends bien, la clé de ma réussite c’est de savoir accepter ce qui vient de vous.

Maître : On peut le voir comme ça.

Dorian : Et tout le reste n’est qu’illusion.

Maître : Tu progresses.

Dorian : Et je dois les perdre toutes.

Maître : Bien !

Dorian : Il s’agit, en quelque sorte, de m’autodétruire.

Maître : Excellent !

Dorian : Et d’abandonner toute espèce de bonté, de compassion ou même de modestie.

Maître : Parfois j’ai vraiment l’impression d’entendre ma grand-mère. Nous ne sommes plus à l’époque de Jésus pour parler de bonté. La bonté est une illusion d’optique. La modestie, illusion. La compassion, la pitié, illusions. Avec ça, tu aurais autant de succès qu’un hippopotame dans un magasin de lingerie fine.

Dorian : J’en ai des choses à digérer.

Maître : Et encore, tout ceci n’est que la première page de mon encyclopédie. Quelques bouchées apéritives. En route pour la gloire !

 

Extrait 2 : Acte III Scène 9

C 1 : J’étais en vacances en Pologne. Un coin perdu au fin fond de la campagne. Le bout du monde, je te dis. En tout cas on était tout un groupe de Français. Le premier jour, petit déj, je demande aux autres ce qu’ils veulent et me voilà parti à l’épicerie du coin. Je dis « l’épicerie » mais bon on se comprend. Alors j’entre et je demande à la vendeuse avec les trois mots de polak que j’ai retenus, je lui demande du beurre, du pain et des trucs comme ça. Mais j’ai oublié, figure-toi, j’ai oublié comment on dit les œufs.

C 2 : M’étonne pas.

C 1 : Pas de problème, je me dis, mimons-lui la chose. Cot cot. Je la vois écarquiller les yeux. On va se comprendre, je me dis, j’insiste. Cot cot cot. Je fais mine de pondre et de lui présenter un oeuf tout frais. Cot cot cot. Elle comprend toujours pas. Je recommence deux ou trois fois, cot cot, en secouant les ailes, elle s’accroche, je commence à désespérer d’avoir des œufs et là, d’un coup, je vois son œil qui brille, elle lève un doigt, me fait signe, fier de moi, de pas bouger et se précipite dans ce qui lui tient lieu d’arrière-boutique. Et elle revient, tu le croiras pas, elle revient avec tu sais pas quoi ?

C 2 : Du PQ.

C 1 : Bah. Comment tu sais ça ?

C 2 : J’étais en Pologne avec toi.

C 1 : Merde, pourquoi tu l’as pas dit ?

C 2 : J’adore te voir faire la poule.

 

Extrait 3 : Acte III Scène 10

Dorian : Petit cocktail du chef.

Journaliste : On parle de vous pour le prochain remaniement.

Dorian : Tant qu’on en parle, ce n’est pas fait. Un glaçon ?

Journaliste : S’il vous plaît. Vous aimeriez ?

Dorian : Si j’aimerais quoi ?

Journaliste : Servir le pays. Entrer au gouvernement.

Dorian : J’aimerais pouvoir, vraiment pouvoir mettre tous mes atouts au service du pays, comme vous dites. Je n’ai pas l’âme d’un serviteur.

Journaliste : On va pourtant vous remettre la légion d’honneur.

Dorian : Je n’y suis pour rien. A travers moi, c’est la région qu’on veut distinguer. Déçue ?

Journaliste : Un peu surprise.

Dorian : Parce que vous vous attendiez à rencontrer le diable en personne. Je crois que je peux vous comprendre.

Journaliste : Je vous croyais plus ambitieux.

Dorian : Le portefeuille a ses raisons que le cœur n’ignore pas mais. Je vais vous dire, j’aime le risque, c’est sûr, l’aventure, l’adrénaline, ça oui. Je suis un évolutif. En permanence dans le changement.

Journaliste : Un instable ?

Dorian : Vous avez quelquefois de ces montées d’adrénaline ?

Journaliste : On dit que vous avez recherché la réussite afin de pouvoir séduire des femmes.

Dorian : Les jaloux le disent. J’aime la vie. Vous savez ce qu’est la vie ? Un prétexte donné à des hommes et des femmes de se rencontrer. Je dirais plutôt que c’est mon appétit pour les femmes qui m’a permis de réussir. Un peu comme Keith Richards devenu célèbre parce qu’il jouait de la guitare et non l’inverse.

Journaliste : En somme vous êtes resté un enfant ?

Dorian : Je ne suis qu’un homme d’affaires. Passionné de poésie, d’équitation et de tango. Vous dansez ?

 

Extrait 4 : Acte III Scène 15

Dorian : Au contraire, au lieu d’enfermer la beauté, nous allons la révéler. Ça va vous plaire. Nous allons créer la richesse nous-mêmes. Approchez.

Madame B : Qu’est-ce que c’est que cette croûte ?

Dorian : Un Monet, mon amie.

Madame B : Un Monet.

Dorian : Il est signé. Regardez dans les branches. « O » comme Oscar. « C » comme Claude. Et ici un « M » pour Monet.

Madame B : Là vous voyez un « M » ?

Dorian : Exactement.

Madame B : Admettons. Et pourquoi n’a-t-il pas signé tout bêtement ?

Dorian : Une œuvre de jeunesse. Une œuvre fondatrice où il s’essaie à quelque chose de romantique. Romantique et révolutionnaire. Monet est le peintre de la lumière. Laissez-moi poursuivre. Comme Lucifer il veut la dompter. Pas la lumière artificielle d’un atelier, la lumière naturelle, en extérieur, grâce à une nouveauté… Vous ne devinez pas ? L’invention de la peinture en tube.

Madame B : De mieux en mieux.

Dorian : La peinture en tube lui permettra d’emporter son atelier en extérieur. Oui madame. Pour peindre en toute liberté. Et capter la nature. Ici en pleine forêt de Fontainebleau. Qu’est-ce que vous en dites ?

Madame B : Et c’est ça qui en fait un Monet ?

Dorian : Le rêve est la source de l’art, ma chère. Il deviendra un Monet si et seulement si nous décidons que c’est un Monet.

Madame B : Vous êtes en train de me dire que ce « tableau » est un Monet si je décide qu’il en est un ? Ce qui veut dire ?

Dorian : Exactement.

Madame B : Alors là, je suis scotchée.

Dorian : Une nouvelle aventure !

 

Extrait 5 : Acte IV Scène 1

Culture : Je doute qu’on se donne autant de mal pour visiter le paradis.

Madame B : L’entrée n’y est pas aussi gratuite.

Culture : Et on dira que la culture n’intéresse plus personne.

Madame B : Rassurez-vous. J’ai repéré pas mal de pique-assiettes.

Culture : J’espère que je ne suis pas du nombre.

Madame B : Vous n’avez rien mangé.

Culture : Je me suis nourri de vos paroles. Et je dois dire que votre ramage est presque à la mesure du plumage.

Madame B : Moins fort. Les murs ne sont pas cousus dans la dentelle.

Culture : Très drôle. En tout cas vous pourrez dire à votre jeune artiste que ses toiles m’ont beaucoup impressionné.

Madame B : Vous ne restez pas ? La fête commence.

Culture : La fête commence et les affaires continuent.

Madame B : Alors je vous souhaite un bon retour.

Culture : J’ai véritablement passé un bon moment.

Madame B : Vous pourrez le dire au ministre.

Culture : La prochaine fois il viendra en personne.

Madame B : S’il y a une prochaine fois ; s’il est toujours ministre.

Culture : Soyons optimistes.

Madame B : N’oubliez pas la mallette.

Culture : Merci. Mes hommages, chère amie.

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